Portraits

Marien Guillé, conteur et poète

Marien Guillé, conteur et poète

Voyageur-conteur infatigable, Marien Guillé a fait ses classes à Singapour qui lui a servi de port d’attache pour découvrir l’Asie et l’Océanie. Revenu en France, il a pris garde de poser ses valises, continuant de voyager, de se produire et d’écrire. Puis il est parti au Rajasthan, le pays de son père, qu’il n’a pas connu. Il en a rapporté un récit palpitant, tendre et tragique, dont il a fait un spectacle : « Import-Export, récit d’un voyage en Inde ».

A Singapour, Marien Guillé avait été comédien, professeur de théâtre, chroniqueur et « poète de proximité », vivant de peu, voyageant beaucoup, faisant de tout provision pour nourrir son imagination. Quand il rentre en France, il ne se décide pas à poser ses valises. Tout au « bonheur de retrouver la France, les saveurs de ses marchés, ses bouchers qui demandent des nouvelles de la voisine, ses terrasses de café… », l’envie lui prend de continuer de bouger, de ne pas s’arrêter là, mais de profiter de son regard aiguisé de voyageur du bout du monde pour redécouvrir le pays de ses souvenirs, celui de ses copains. Ainsi va-t-il, sac au dos, faisant un tour de France. A chaque étape, il extrait de sa mémoire des émotions, des images qui dormaient. Il voyage et s’enchante de son dépaysement, semblable à celui qu’il était allé chercher loin.

Une marche en Provence

Puis, au bout de six mois d’itinérance à travers la France, Il veut faire la Provence à pied, la région de son enfance. A chaque étape, il donne une représentation, puisant à la source du spectacle qu’il avait créé à Singapour, « Lettres de Singapour et du bout du Monde », lisant des poèmes ou des textes. Aucune étape n’est semblable à la précédente. Aucun public ne ressemble à celui de la veille. Parfois, Marien se produit chez l’habitant pour 3 ou 4 personnes, parfois c’est au café, parfois dans une école. Le principe qui importe est celui de l’échange. On lui offre le gite et le couvert. Marien offre en retour l’évocation de ses impressions de voyage. Et chaque fois la magie opère. Un souvenir en appelle un autre. L’échange s’établit. On s’intéresse, on se raconte. On s’invite, par le truchement du récit oral, à la contemplation de ses propres richesses intérieures. Artiste-nomade-vagabond, Marien est gourmand de toutes les étiquettes, de toutes les expériences pourvu qu’elles le mettent en situation d’accueillir. Pourquoi courir ainsi ? Pourquoi voyager plutôt que poser ses valises et s’installer ? Parce qu’il aurait peur, s’il s’installait quelque part, de fermer la porte à tout le reste qui est à découvrir. Sur les chemins de Provence, pendant 1 mois, Marien marche, songe et rêve de repartir.

Spectacle « Import-Export »

Ambiance chaude, un soir d’hiver, dans un appartement du XIVème arrondissement à Paris. Comme l’espace est compté, le public, de tous âges, s’est entassé, sans manière, sur le canapé, les chaises, le pouf, la table basse et les tapis. Au milieu de cette petite foule mal assise mais concentrée, une paire de m2 miraculeusement laissée libre, sert de scène à l’artiste. Voyageur-conteur, comédien et poète, Marien Guillé est devenu un habitué de ces lieux intimes.  Même s’il lui arrive aussi de s’échapper vers des espaces publics – théâtre, collège, salle de spectacle ou festival – qui offrent à son récit des audiences plus larges, il aime ces lieux privés où il peut entendre les pulsations du public. Ce soir il donne « Import-Export », le spectacle qu’il a créé à l’issue de son voyage en Inde. Malgré ou à cause de la chaleur, le public se laisse embarquer sans résistance à destination du sub-continent indien. L’air de rien, comme par surprise, Marien Guillé, l’entraîne à sa suite par l’imagination. Départ de l’action chez sa mère et sa grand-mère à qui il fait part de son intention de partir en Inde : stupeur des intéressées et déjà conseils de prudence et recommandations. Vient le départ et surtout le débarquement à Bombay : une révolution ! « J’étais en Inde depuis une heure, et déjà j’en pouvais plus ! J’étais épuisé, fracassé, terrassé, décomposé, défragmenté! Je veux dormir! Je veux du silence ! Je veux un banc, rien qu’un banc en béton au bord de la route ! ». Marien veut prendre le train. Il découvre la réalité de l’Inde : des gens partout, des queues anarchiques... C’est le choc culturel, en mode multi-sensoriel … « Là, y’a des chèvres qui rentrent dans la gare. Elles s’immobilisent un instant comme si elles faisaient une analyse rapide de la situation. Et je les vois qui s’avancent, tranquillement, vers le guichet, l’air bien décidé à acheter un ticket. Puis le berger arrive, double toute la file, et demande 8 tickets, tarif troupeau, troisième classe, s’il vous plaît ? ». Il ne sait pas comment, Marien parvient à acheter un billet. Il essaye sans succès de monter dans le train. Il tente le lâcher prise. La foule le porte à bord. Encore faut-il pouvoir en sortir. Comment savoir où descendre ? Et comment descendre tout court ? Lâcher-prise encore : Marien se retrouve, confus mais vivant, sur le quai de Chembur.

Il est comme ça le spectacle de Marien Guillé : une plongée en apnée dans l’univers de l’Inde. Avec une étonnante économie de moyens, le comédien-conteur met en scène certains détails de la vie quotidienne qui par la magie du récit burlesque prennent une dimension épique. Il y a le vendeur pot-de-colle, qui a réponse à tout, rebondit sur chaque réponse négative qu’on croyait définitive, et dont l’imagination en matière de choses à vendre au touriste semble n’avoir pas de limite. Il y a les embouteillages qui se transforment en une jubilatoire course de vitesse entre des engins presque totalement à l’arrêt. Il y a les touristes allemands qui prennent Marien pour un local, et les touristes Français qui se gargarisent de doctes considérations sur les gens et le pays. Par le geste et la parole, Marien fait tout surgir, avec humour, du grenier mental où se sont entassés impressions, sensations et souvenirs. 

Et puis il y a l’essentiel. Sur ces impressions de voyages, pleine de distance et d’humour, gorgées de couleurs, de sonorités et de saveurs, Marien Guillé superpose un autre voyage, plus intérieur : l’exploration de ce pan d’identité auquel il a longtemps été dans l’impossibilité de prêter le visage et la culture de son père. « J’avais l’impression, explique-t-il dans le spectacle, d’être un bateau qui venait de larguer les amarres. J’avançais sur l’océan, chargé d’une cargaison provenant de mes deux pays-racines, j’allais d’un continent à l’autre, chargeant et déchargeant mes deux conteneurs : l’un me semblait toujours incomplet et l’autre, j’en j’ignorais tout ; je faisais des allers-retours entre ces deux visages de moi-même, je prenais des morceaux d’inde, des bouts de France et j’essayais de les harmoniser, de les ranger comme il faut, de les assembler. Je cherchais à atteindre la rive, aller de l’avant, faire le grand saut, le grand écart, penser en indien, agir en indien, réagir en français. Tout le temps, passer d’une culture à l’autre, faire des allers-retours, piocher à droite à gauche ; aller, revenir, me charger, me décharger ; j’envoyais sans cesse des signes d’un pays à l’autre, c’est le principe de l’import-export : il fallait faire le tri entre ma cargaison indienne et ma cargaison française, faire sortir des choses pour en faire rentrer d’autres, que tout tienne dans un seul conteneur ».

Et aujourd’hui ?

« Aujourd’hui, confie Marien, j’ai un sentiment d’accomplissement, l’impression de réunir un certain nombre de choses qui étaient éparpillées en moi. Ma marque de fabrique, c’est celle du conteur qui témoigne de son voyage. Après l’Inde, je suis allé aux Iles Féroe dont j’ai tiré la matière d’un autre spectacle, « Disparaître ». Aujourd’hui j’ai à ma disposition une sorte de quadriptyque :  Les Lettres de Singapour et du bout du Monde, La Provence à Pied, Import Export et Disparaître. Je puise dans cette réserve. Mais il est vrai que le spectacle sur l’Inde a une dimension spéciale, autant intime que géographique, qui fait qu’il est énormément plébiscité par le public… »

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Mémoire d’un œuf – Une histoire de 40 ans d’expatriation

Patrick Huchet, mémoires d'un oeuf

A quoi songeait Patrick Huchet quand, commençant à peine de profiter de la retraite, après une vie professionnelle presque entièrement accomplie à l’étranger, comme banquier puis comme antiquaire spécialisé dans le mobilier colonial, à la tête de « Planters’house », il s’est attaqué au défi de raconter sa vie ? L’intéressé y répond par une pichenette qui figure en exergue de son livre: « Cet essai a pour modeste but de laisser une trace à ma chère descendance, aux  proches et pourquoi pas aux quelques esprits curieux que compte encore notre vieux pays.…».

Les esprits curieux ne manqueront pas de trouver dans « mémoire d’un œuf » matière à réflexion et divertissement. Patrick Huchet s’y raconte, en homme gourmand de la vie, chanteur et pianiste, la dent gentiment dure à l’égard de certains qui, croisés à des moments divers de sa vie de banquier, lui ont paru plus grotesques qu’impressionnants, s’attachant manifestement d’abord à paraître et ne brillant pas toujours par leur compétence. Il y est tendre avec ses proches et ravi de la deuxième vie professionnelle qu’il a menée, après la Banque, en duo avec sa femme, Annig. Le livre, à lire d’une traite, est un merveilleux témoignage sur l’expatriation, écrit à la première personne. Une histoire simple qui ne prétend pas faire entrer son auteur au Panthéon, si ce n’est celui des hommes curieux, puisque le livre leur est destiné, qui ont décidé de quitter les sentiers trop convenus et les paysages familiers, pour remplir leur vie, avec gourmandise, des découvertes et rencontres qu’on fait en voyageant.

Dans quelles circonstances vous êtes-vous lancé dans ce projet d’écrire votre biographie ?

Patrick Huchet - J’ai profité d’un long séjour au Laos, à Luang Prabang, pour démarrer. Je n’avais pas pensé le projet en avance, mais je l’avais en tête. J’ai pris mon stylo bille et mon cahier et je me suis mis à écrire en m’imposant la discipline, quoi qu’il advienne, de rester assis devant mon cahier de 9h à 12h.

C’était un sacré défi que de se mettre ainsi à écrire. Comment les choses se sont-elles passées ?

- Je craignais évidemment le syndrôme de la page blanche. Mais finalement, je n’y ai jamais été confronté. Comme mon récit se fait de manière chronologique, il m’a suffi de laisser courir ma plume depuis le moment de mon départ pour une première expatriation à Hong Kong, il y a 37 ans, jusqu’à aujourd’hui. Les idées se sont enchainées. A posteriori, je me suis aperçu, en reprenant mon cahier, qu’il comportait très peu de rature.

Revenons au début. Dans quelles circonstances êtes-vous parti à l’étranger ?

- Après des études de Droit, je suis rentré à la BNP à Rennes. Le choix de la Banque, au départ, s’est fait de manière naturelle. J’avais obtenu une maitrise de Droit. Je n’étais pas matheux et n’avais pas envie d’enseigner. Après cette première expérience en province, la suite logique aurait été de monter à Paris pour suivre la filière de l’inspection générale. Mais je n’étais tenté ni par Paris ni par l’Inspection générale. J’étais un peu frondeur. C’est mon côté breton Quand on m’a offert de partir à Hong Kong, j’ai donc tout de suite saisi l’opportunité. Ensuite, les postes se sont enchainés. Je suis resté à la BNP de 1973 à 1988. J’ai ensuite rejoint la Banque Worms, fait un rapide passage par le CIC et terminé ma carrière de banquier à la banque suisse Ferrier Lullin  (absorbée en 2006 par Julius Bär).

Dans le livre, vous n’épargnez pas certains des responsables que vous avez cotoyés lorsque vous travailliez dans la banque.

- C’est vrai. Dans le livre il y a certains personnages que j’écorche un peu. C’est pour ça que j’ai pris le parti de ne les désigner que par leurs initiales. C’est le cas de DD, à la banque Worms, qui  était un gentil mythomane narcissique. A part cela, je suis d’un naturel plutôt bienveillant.

Et puis, vous décidez de changer de cap…

- Je n’étais pas un financier à proprement parler. J’étais plutôt un commercial et un animateur d’équipe. Dans la banque, j’ai toujours eu du mal à supporter la pesanteur de la hiérarchie. Au fond, j’ai mis 22 ans à sortir de la Banque. Ma deuxième vie professionnelle a été autrement plus passionnante. Après la banque, j’hésitais sur la direction à prendre. C’est Annig qui m’a suggéré de lancer ma propre activité dans le domaine des antiquités. C’est ainsi que j’ai lancé Planters’house,  spécialisé dans le mobilier colonial. A vrai dire, je n’y aurais pas pensé tout seul. Mais Annig avait déjà lancé son activité, qui marchait bien depuis plusieurs années. Nous avions les mêmes fournisseurs en Chine, Thailande et Birmanie.

Après la Banque, n’était-ce pas difficile de se confronter aux aléas de la petite entreprise ?

- De 1996 à 2007, l’affaire s’est bien développée. Le contexte a changé en 2008. En 2004, déjà, il y avait eu l’épisode du  SRAS. A cette époque, il était devenu Impossible d’importer  quoi que ce soit pendant 6 mois à Singapour. Il a fallu vivre sur notre stock. A partir de 2008, les packages d’expatriation ont beaucoup évolué. Finis les contrats confortables et les grandes  maisons qu’il fallait meubler. Les nouveaux expatriés sont désormais plus jeunes. Ils viennent moins longtemps, vivent dans de plus petites surfaces et se meublent « efficace », notamment depuis l’arrivée d’IKEA. Il a fallu être créatif. C’est à cette période qu’Annig a eu l’idée d’organiser des soirées d’enchères qui ont eu beaucoup de succès.

Quelle différence entre ces deux périodes de votre vie ?

- La grande différence entre la Banque et Planters’house c’est que, dans la Banque, il faut travailler très longtemps pour faire de nouveaux clients. J’étais tenace, tant mieux. Mais à la longue, c’est une situation frustrante. Le bonheur, quand on tient un magasin, c’est l’immédiateté.

Et puis est venue l’heure de la retraite. Mais vous avez décidé de rester à Singapour

- Nous avons pris la décision d’arrêter en 2014. Mais nous n’étions pas prêts à tirer un trait sur Singapour. Nous avons eu la chance de pouvoir organiser une existence à cheval sur les deux continents. On quitte Singapour début Mai et on y revient mi-octobre. C’est une organisation magnifique mais qui présente aussi des inconvénients. Quand on me demande où j’habite, j’ai du mal à répondre. J’ai le cul entre deux chaises. Entre le Var et Singapour, nous avons deux  groupes d’amis qui sont complètement différents. Dans le Var, nous sommes  dans la nature. A  Singapour nous menons une existence urbaine.

Quel regard portez-vous rétrospectivement sur ces 40 années d’expatriation ?

- Un regard évidemment très positif. Après toutes ces années, un seul petit regret: ne pas compter plus d'amis locaux dans nos relations, ce qui ne nous empêche cependant pas d'avoir des liens très proches avec certains d'entre eux.

Le premier tirage de « Mémoire d’un œuf », dans sa version papier, étant épuisé, le livre est désormais essentiellement disponible en version numérique sur KOBO à l’adresse suivante : https://www.kobo.com/fr/fr/ebook/memoires-d-un-oeuf
 

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David Chambat, créateur de Villa-Bali

Rencontre, à Singapour, avec David Chambat, le créateur de Villa-Bali.com et Daniel Rouquette, son responsable Marketing. Créé en Août 2012, Villa-Bali est un site qui référence plus de 300 villas à louer à Bali pour les vacances. Intermédiaire entre les vacanciers, à la recherche d'une idée de séjour autonome mais confortable sur l'ile indonésienne, et les propriétaires, soucieux de mettre en avant leur villa, le site a d'emblée remporté un succès qui permet à ses créateurs d'envisager des déclinaisons vers d'autres destinations en Asie.

- Comment est née l’idée de ce site ?

DC : j’ai moi-même failli acheter une villa. Un projet que j’ai finalement abandonné faute d’obtenir le permis de construire. A cette occasion j’avais imaginé faire un site sur ma future villa et remarqué qu’internet regorgeait de sites de qualité très moyenne sur Bali. Travaillant à ce moment-là pour un site internet d’hôtels, j’ai très vite acheté le nom de domaine Villa-Bali.com.  J’ai embauché Daniel et un Développeur et nous avons construit ensemble rapidement la plateforme. Il semble qu’il y avait un besoin car avant même que le site soit en ligne je recevais de nombreux appels de gens qui voulaient venir à Bali mais ne trouvaient pas un site qui leur permette de le faire de manière simple et sécurisée.

-Quel avantage le site présente-t-il pour ceux qui cherchent une villa à Bali?

DC: C’est lié à la difficulté de la location à distance. Quand on est en contact direct avec un propriétaire ou au travers d’un site généraliste, on est contraint de verser des arrhes sans bien savoir à qui on les envoie. Il y a toujours la possibilité d’une arnaque: que la villa louée n’existe pas. Notre avantage est que nous sélectionnons chaque villa qui est référencée sur le site. Le fait d’être basé à Singapour est aussi un élément qui rassure. C’est un argument précieux auprès des singapouriens qui restent étonnamment méfiants vis à vis des transactions financières sur internet. C’est amusant car, ils préfèrent souvent venir nous voir pour payer ; une manière de voir à quoi on ressemble et s’ils peuvent avoir confiance.

- Qui sont les propriétaires de villas à Bali ?

DC: parmi les propriétaires des villas que nous référençons, il y a beaucoup d’Australiens, de Néerlandais, ou de Français. Ils s’installent dans des régions différentes. Les Néerlandais, par exemple, privilégient le Nord de l’île, tandis que les français apprécient davantage Seminyak et Ubud. Les profils sont très variés. Parmi les Français, il y a un ancien proviseur de Lycée Français, Breton d’origine, qui a progressivement investi dans plusieurs villas, parce qu’il est tombé amoureux de l’Indonésie. Il y a aussi des architectes ou encore un charpentier, spécialiste du bois et de la construction écologique.

- Quelles sont leurs motivations ?

DR : il y a globalement 3 types d’investisseurs à Bali : l’entrepreneur, l’architecte et l’expat-vacancier. L’entrepreneur achète une ou plusieurs villas dans l’optique de créer une affaire dans la location de vacances. L’architecte vient à Bali attiré par l’opportunité d’exercer son métier dans un environnement privilégié et de réaliser de belles villas. Enfin, l’expat-vacancier, c’est l’expatrié qui vit en famille à Singapour ou dans la région, qui décide de construire sa maison de vacances. Le projet peut évoluer. Un jeune trentenaire, basé à Singapour, a d’abord fait construire pour lui une villa à Bali. Il vient d’y installer sa mère de 75 ans.

- Pourquoi choisissent-ils Bali ?

DC- Parce que l’endroit fait rêver et que les villas qu’on peut y construire sont des maisons ouvertes. Elles offrent souvent des vues magnifiques sur la mer ou sur les rizières. C’est un investissement plaisir. Bali jouit d’une image très favorable en France. L’Indonésie d’une manière générale est largement présentée en France comme un nouvel eldorado et de nombreuses personnes viennent s’installer dans le pays, par besoin de bouger ou pour trouver un emploi.  

Vu à la télé : des retraités de Courbevoie s’installant à Bali

DR : Il suffit d’un documentaire bien fait à la télévision pour que l’intérêt augmente. Dans une émission récente, TF 1 dans le Sept à Huit avait mis en scène le changement de vie d’un couple de retraités, quittant l’environnement maussade de Courbevoie pour venir s’installer à Bali. Le site Villa-Bali.com a connu instantanément un boom de visiteurs. Beaucoup de Maisons de retraite se construisent également à Bali, notamment à l’initiative des Japonais. La destination Bali est associée à une image de luxe, alors qu’elle est bien moins chère que l’Ile Maurice. Elle fait rêver. Il y a de surcroît sur place une infrastructure de qualité, particulièrement dans le domaine des services. Bali cultive son image écolo, avec la possibilité de pratiquer le Yoga ou la méditation, l’investissement dans la nourriture biologique,…

- Est-ce que le fait que le propriétaire soit Australien, Singapourien, Néerlandais ou Français influe sur Le style des villas qu’il fait construire ?

DR : Pas vraiment. Ce qui ressort en premier lieu, c’est le style Balinais. En revanche, les propriétaires qui occupent leur villa investissent beaucoup d’eux-mêmes dans la décoration.

- Pour ces propriétaires, l’investissement est-il une affaire de plaisir ou de rentabilité ?

DC : à la base, l’investissement à Bali part toujours d’un coup de cœur. On n’investit pas à Bali pour des motifs exclusivement financiers. Tout simplement d’ailleurs parce que ce n’est pas le meilleur placement qui soit. Les risques sont nombreux sur le plan juridique et fiscal. La rentabilité n’est pas exceptionnelle. Les prix ont beaucoup augmenté. Il y a 3 ans, il était possible de faire construire une belle villa avec une mise de fond de 250 000€. Aujourd’hui il faut investir le double pour une villa de 4-5 chambres. On ne peut pas emprunter il faut financer la totalité de son acquisition en cash, pour ne pas dire en espèces. Il y a aussi de nombreuses contraintes. Il n’est plus possible de construire des villas dans certaines zones. La hauteur des bâtiments, où que ce soit, ne peut dépasser celle des cocotiers alentours. On ne peut pas construire sur les rivières ou les falaises. Enfin, la principale difficulté à Bali est liée au droit de propriété. Un étranger ne peut devenir propriétaire d’un terrain ou d’une villa à Bali. Il ne peut le faire qu’au travers de l’utilisation d’un prête nom, une pratique risquée sur laquelle de nombreux investisseurs se sont brûlés les ailes, ou bien en passant par des baux de longue durée.

Quels types de relations avez-vous avec les propriétaires des villas qui sont présentes sur votre site ?

DR : on les voit de manière régulière. Ils apprécient souvent qu’on leur transmette le feedback de leurs clients.  On travaille aussi beaucoup ensemble sur la présentation des Villas sur notre site. On s’aperçoit par exemple que les photos ont un très fort impact. Il arrive que de très belles villas soient boudées simplement parce que les photos ne sont pas avantageuses. C’est un art difficile que de réaliser ces photos d’intérieur. Les photographes qui savent le faire à Bali sont rares et ils le savent, les tarifs sont donc souvent élevés.

Concernant votre parcours personnel, dans quelles circonstances êtes-vous devenu entrepreneur?

DC : avant de créer villa-bali, j'ai eu un parcours de cadre dirigeant chez Air France KLM, où j'étais responsable d'un pays. La vie d'un cadre dans une grande structure est difficile. J'avais envie de remettre les mains sur le volant, de réaliser des choses que j'avais envie de faire. Ce qui change quand on devient entrepreneur ce n'est pas le volume de travail, car on travaille énormément, mais c'est qu 'on n'a plus l'impression de travailler. C'est vrai aussi dans la sphère familiale. J'ai 2 enfants de 11 et 9 ans. Depuis que j'ai lancé villa-bali, ils s'intéressent beaucoup et nous discutons souvent de ce que je fais.

 

 

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3 clés d’Emilie, pour communiquer en Asie

Rencontre avec Emilie Tisserand, Directrice Générale de Mediakeys  à Singapour, en charge du développement de l’agence en Asie Pacifique.  

L’entretien se déroule dans les nouveaux bureaux de Mediakeys. Situés dans une ancienne école à Newton, non loin de Istana park, ils dévoilent un décor tout en sobriété. Des murs blancs et une série de pendules qui affichent l’heure des autres agences: une idée d’Emilie, inspirée du siège; un détail qui est tout un symbole du « glocal » dont la société s’est fait une spécialité.

Jeune femme pétillante, Emilie travaille depuis 6 ans chez Mediakeys, où elle est entrée après son diplôme d’école de commerce. Elle y a été successivement Chef de Pub, Directrice de clientèle et Directrice de l’international, avant de s’expatrier à Singapour, au mois de Septembre dernier, entraînant à sa suite enfant et mari. Mediakeys, dont elle dirige l’agence de Singapour, est spécialisée dans le planning media international. Elle est l’une des 3 « clés » de Comkeys, groupe de communication globale qui, avec Adkeys et Digikeys, couvre aussi la création et les nouvelles technologies  telles que les solutions digitales.

Si Mediakeys est remarquable, c’est en raison de sa dimension humaine, une soixantaine de personnes au total, basées en France ou dans l’une des 11 filiales du réseau à l’étranger, dont ses créateurs ont fait un atout sur le plan international : offrir aux annonceurs et aux grandes agences de communication, sur un sujet déterminé, le bénéfice d’une approche globale. Une perspective que les plus grandes, du fait de leur taille et de leur organisation en silos, auraient perdu. Mediakeys travaille pour de nombreux clients, parmi lesquels Dolce & Gabbana, Ermenegildo Zegna, Guess Replay ou Air France depuis le siège à Paris, Forever 21 aux Etats Unis, Uniqlo, Shiseido, Mitsubishi au Japon, Samsung, Hyundai en Corée : autant de marques internationales ayant besoin d’adapter et de déployer leur démarche de communication locale avec un intervenant global.

La collaboration avant tout

« Mediakeys, commente Emilie, c’est d’abord un état d’esprit. Ce qui fait son succès c’est sa capacité à faire travailler tout le monde ensemble, c’est pourquoi nous nous efforçons de rester une équipe à taille humaine  ne pas trop grandir, pour ne pas altérer notre identité ». L’ensemble des personnes travaillant dans le monde sont des consultants seniors multilingues, ce qui change de la structure classique des agences qui manque souvent de middle management.  Tout le monde, quelque soit sa nationalité et sa langue d’origine (plus de 12 langues différentes) communique, en interne, en Français et passe par le siège pour une formation de quelques mois aux valeurs et savoir –faire du groupe. Ceux qui ne parlent pas le Français au moment de leur recrutement sont invités à l’apprendre. « Nous évitons de parler l’anglais. Dans les faits, la langue de communication interne est le français et la langue de travail est la langue locale : le chinois, coréen, japonais, portugais, l’allemand, etc… Nous obtenons ainsi des conditions bien plus avantageuses qu’en anglais car nous travaillons avec des acteurs locaux, sans intermédiaire international couteux. Et de façon très pragmatique,  la plupart de nos contacts ne nous répondraient même pas si nous ne maitrisions pas leur langue ! ». Le ciment de l’équipe c’est encore son outil commun: une base de données globale, intégrant 20 ans de benchmark de prix. L’outil est capable de donner le prix d’un lieu d’affichage à New York, d’un titre de presse locale au Venezuela ou d’une bannière d’un site web en Coréen avec l’historique d’achat par annonceur. Les collaborateurs de Mediakeys construisent ainsi les offres de campagnes en faisant leur marché en ligne. Le système génère automatiquement la proposition commerciale avec photos, fourchettes de prix et explications sous format Powerpoint et Excel. De quoi donner les clés pour une planification de campagne globale en quelques clics. Une première étape avant des négociations plus poussées avec les responsables de zones Mediakeys situés aux quatre coins du monde. Un soutien international bien apprécié de leurs clients et agences partenaires, plutôt spécialistes sur des marches locaux et finalement peu structurés pour déployer des campagnes globales.

Singapour, un choix logique pour rayonner en Asie

« L’ouverture d’un bureau régional à Singapour, précise Emilie, est une réponse aux besoins exprimés par les clients de régionaliser leurs démarches marketing en Asie Pacifique ».  Pourquoi Singapour ? « C’était un choix logique, poursuit l’intéressée, compte tenu des nombreux budgets qui s’y établissent. Cela aurait aussi bien pu être Hong Kong, autre hub régional. Mais nous étions déjà bien implantes au nord de l’Asie en Chine et au Japon, les marches asiatiques les plus spécifiques et compliques pour nos clients occidentaux. Nous préférions donc prendre position à Singapour ou nous avions identifié un fort potentiel de développement dans les marches émergents d’Asie du Sud. Concrètement, la mission d’Emilie, supportée par deux autres collègues Marie Jeffredo et Sunkyung Choi,  elles aussi venant du siège avec des compétences complémentaires, est de développer l’activité sur une base régionale, d’améliorer les achats sur la zone et d’apporter du support aux autres bureaux à Pékin et Tokyo. Le travail d’Emilie consiste à rencontrer le maximum de personnes, tisser ses réseaux, s’imprégner des tendances et repérer les opportunités. Depuis quelques semaines, elle a pris le lead du comité marketing et communication de la chambre de commerce française. « une manière de contribuer et d’apprendre » souligne l’intéressée.

L’Asie présente-t-elle des spécificités dans le domaine de la communication ?  « Il n’y a pas de spécificité propre à l’Asie, répond Emilie, il y a des spécificités propres à chaque pays.  En Indonésie par exemple, les agences sont peu impliquées dans les achats media. Les annonceurs négocient souvent en direct. Au Japon et en Corée, la situation de fait était que l’ensemble du marché était trusté par quelques agences locales. En étant bien implantés localement nous avons pu comprendre le fonctionnement du marché et avons mené les démarches nécessaires pour devenir l’une des seules agences internationales habilitée à acheter des medias locaux ». Le fait d’être à Singapour modifie-elle la perspective sur la région ? «Cela permet surtout d’être sur le terrain, à l’écoute des opportunités. Lors d’un récent événement consacré au Travel retail en Asie Pacifique à Singapour, salon professionnel dédié a l’univers du duty free, nous avons systématiquement contacté les 240 exposants, cela a fait émerger besoins et solutions de communication dans les aéroports, par exemple au travers du sponsoring du WIFI dans les avions ou des bornes de check-in. Des solutions alternatives aux solutions classiques proposées généralement par les concessionnaires publicitaires ».

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Marc-Antoine Métais, co-fondateur d’Apollo Learning à Singapour

Ils sont de plus en plus nombreux à multiplier les stages et les cursus à l’étranger, à rechercher d’emblée un premier emploi à l’international, voire à y démarrer leur propre activité. La génération Y n’hésite pas à sortir des chemins tracés pour mettre en œuvre ses projets, à l’instar de Marc-Antoine Métais qui, avec Constance Jeanperrin et un troisième associé Singapourien, lance un service de soutien scolaire sur le modèle d’acadomia, mais ancré à Singapour avec un zeste d’inventivité. Un nouveau service à consommer après les cours et, en cordial, avant l’orientation et les concours.

Jeune diplômé de l’Ecole Centrale Paris, Marc-Antoine a terminé son cursus à NUS, à Singapour, après s’être découvert une passion pour l’Asie lors d’un stage ouvrier en Chine. Spécialiste des sciences environnementales – il a fait de la recherche sur les biocarburants à base de déchets dans les laboratoires de NUS - il aurait pu intégrer une grande entreprise du secteur, mais c’est la passion d’entreprendre qui l’a emporté. Avec Constance (venue accomplir dans la Cité Etat une partie de sa scolarité à l’ESSEC) et un troisième associé, Singapourien, ils ont décidé d’explorer méthodiquement toutes les idées de création d’entreprise, avant de concentrer leur attention sur le soutien scolaire.

Pourquoi ce choix ? Parce qu’il existe à Singapour une forte demande dans la communauté expatriée, mais que, les étudiants n’étant souvent sur place que pour des périodes assez courtes, les parents et lycéens sont contraints de rechercher sans cesse de nouveaux tuteurs, avec le risque de ne pas trouver la personne la plus compétente et la difficulté de maintenir une certaine continuité. Marc-Antoine et ses associés ne sont pas des nouveaux venus dans ce domaine. Comme beaucoup de leurs congénères, ils ont donné des cours de soutien alors qu’ils étaient eux-mêmes élèves des classes préparatoires, puis étudiants. A Singapour, ils ont constaté qu’il n’existait rien d’organisé et ont imaginé un dispositif qui permettrait de faire une intermédiation qualifiée entre les étudiants-tuteurs, les élèves et les parents.

- Quelle est l’approche particulière d’Apollo Learning sur ce secteur du soutien scolaire ?

MA - Nous sommes les garants de la qualité des professeurs et de la continuité du support aux élèves. Notre idée est d’aller au delà du soutien scolaire dans une matière déterminée: nous souhaitons proposer un service complet.

- Un service complet ?

MA - Ce que nous demandons à nos professeurs-tuteurs, c’est d’être disponibles pour leurs élèves en dehors des cours, pour répondre à leurs questions sur la préparation d’un concours, ou sur leurs orientations académique et professionnelle. Nos professeurs-tuteurs connaissent bien ces aspects, parce qu’ils ont eux-mêmes préparé et passé avec succès les mêmes concours. Ils peuvent donner des conseils précieux sur l’intérêt des formations et la manière d’optimiser sa préparation. Nous organisons d’ailleurs également des ateliers spécifiques de préparation aux oraux des concours. Le professeur peut être vu comme un Mentor qui soutient la jeune génération.

- Vous mettez en avant sur votre site une offre de formation par petit groupe de 3 personnes

MA- En effet, nous souhaitons favoriser l’organisation des cours, idéalement par petits groupes de 3 élèves. Les cours particuliers présentent sans doute beaucoup d’avantages, notamment en termes d’adaptation précise du cours à la situation de chaque élève. Mais il manque la possibilité d’interagir avec les autres qui est un moteur important favorisant la concentration et l’émulation des intéressés . Pour autant, nos professeurs ont pour consigne de suivre pas à pas chaque élève et de faire chaque mois un retour personnalisé aux parents sur l’avancée de leur enfant. Le groupe n’est pas là pour écraser l’élève mais pour le pousser encore plus loin.

- N’est-ce pas compliqué à mettre en place ?

MA- Non, cela se fait de manière très simple. Les intéressés s’inscrivent en indiquant le nom des 2 autres élèves avec lesquels ils souhaitent organiser des cours de soutien. Nous prenons le relais pour mettre en place le mini-groupe.

- Les cours de soutien sont-ils réservés aux Lycéens ?

MA- Pas seulement aux lycéens. Les cours de soutien peuvent intervenir à tous les moments de la scolarité, de la primaire au lycée. Notre offre est d'ailleurs ouverte aux adultes. Parmi les futurs professeurs que nous interviewons, certains ont des domaines de spécialité extrêmement variés qui peuvent faire l’objet d’offres de formation pour les adultes, par exemple dans le domaine des langues, en anglais, en chinois ou en grec, voire dans des domaines tels que l’oenologie».

Voir le site internet d’Apollo Learning

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Anne Genetet, créatrice de "The Help Agency"

help agency

Dès son arrivée à Singapour, Anne Genetet est sensibilisée à la situation des employés de maison. Médecin-journaliste-consultante elle décide de se consacrer à la facilitation des relations entre les employeurs et les employées de maison en créant une agence de conseil et formation spécialisée: The Help Agency.

Lorsqu’elle s’installe à Singapour en 2005, avec ses 4 enfants, Anne Genetet a déjà accompli un parcours professionnel particulièrement riche et original guidé par la passion, plusieurs fois renouvelé, jamais interrompu par les contraintes de la mobilité. Quand elle est encore étudiante en Médecine, elle n’hésite pas à suivre aux Etats Unis celui qui deviendra son mari, poursuivant ses études par correspondance. Une fois diplômée, elle débute dans un centre de santé Croix Rouge, où elle couvre pendant plusieurs années des champs variés, s’impliquant dans l’accompagnement des toxicomanes et de personnes en difficulté sociale (RMI, sans-papier), participant au fonctionnement d’un service de PMI (protection maternelle et infantile), toujours désireuse de découvrir, d'approfondir et de continuer à se former.

La passion de transmettre aux autres

Par curiosité, elle s’inscrit à Paris VI dans une formation au journalisme médical qui va faire basculer sa carrière de praticien vers la communication. "A posteriori", résume-t-elle, « le fil conducteur de ce que j’ai fait, c’est ma passion de transmettre aux autres. Apprendre pour apprendre n’est pas suffisant. Ce qui est passionnant c’est de partager et transmettre. Je viens d’une famille d’enseignants. Finalement une très grande partie du métier de médecin consiste à expliquer les choses. Il est important, pour bien soigner, de prendre les gens dans leur globalité. Ce que les gens traversent à un moment de leur vie, conditionne les choix thérapeutiques".

De la Médecine à la communication,...

Cette formation au journalisme est une révélation. Anne Genetet a toujours aimé écrire. Elle trouve dans le journalisme une manière de conjuguer sa passion pour la médecine avec le goût de défricher pour expliquer. Mais le succès est presque trop rapide, qui l’oblige à choisir entre 2 métiers: l’écriture et la clinique. Un choix difficile, se rappelle-t-elle: «j’ai temporisé, et j’ai finalement démarré dans une agence de communication. J’ai adoré faire ce travail, dans lequel il s’agissait de mouliner une information scientifique de haut niveau pour la mettre à la portée des professionnels et du grand public». Anne acquiert pendant ces années une expérience rare, travaillant avec de grands laboratoires pharmaceutiques tels le laboratoire Roche pour Tamiflu (anti-grippal) et des groupes alimentaires comme Danone sur des programmes diététiques.

Cette expertise attire immédiatement l’attention quand elle arrive, en 2005, dans une Asie inquiète des risques de grippe aviaire. Les bagages à peine posés, elle reçoit une offre d’une société de conseil qui aide les entreprises à mettre en place des plans de prévention des pandémies. De médecin-journaliste elle devient alors consultante. Elle travaille dans ce secteur pendant quelques temps, mais choisit finalement d’arrêter: «ce métier ne me convenait pas tout à fait et j’étais gênée par le manque de rigueur scientifique». Cette décision la laisse un peu désemparée : «j’ai eu un peu de mal à faire le point. Je me disais qu’il n’était pas possible, étant française, de faire de la publicité dans un environnement anglophone et j’ai, d’ailleurs à tort, fermé cette piste. Je ne savais pas quelle activité je voulais poursuivre».

... Au conseil en gestion de la relation «famille expatriée-employée de maison»

C’est dans ce contexte qu’Anne Genetet décide de se consacrer à la situation des employés de maison et à la relation entre ces derniers et leurs employeurs. «J’avais été choquée, dès mon arrivée à Singapour, comme je visitais des maisons, de découvrir les conditions de vie et de travail des employés de maison. Certaines avaient leur chambre installée sous un escalier, n’ayant ni congés ni jours fériés. Assez rapidement, je me suis aperçue qu’il ne s’agissait pas de juger mais de comprendre. Il fallait creuser, comprendre l’histoire intime de ces personnes venant des Philippines ou d’autres pays en Asie". A posteriori, elle reconnaît qu’elle a, elle-même, commis des erreurs de communication avec sa propre employée de maison. Anne participe aux activités de plusieurs ONG. Elle intervient comme médecin bénévole auprès des employées de maison et découvre des situations de grande détresse. Puis elle décide de créer son entreprise: «Je me suis dit qu’il y avait des choses à faire. A défaut de changer les mentalités des employeurs locaux à Singapour, je pensais que je pouvais avoir un impact sur ma propre communauté». Le projet initial était de créer une agence spécialisée dans le recrutement des employées de maison. L’activité étant règlementée à Singapour, cette décision nécessitait de passer un certificat de droit spécialisé qu’Anne Genetet obtiendra, en 2008, au Singapore Polytechnic. Toutefois, elle s’aperçoit rapidement que les contraintes de fonctionnement des agences, en particulier l’obligation d’exercer, de fait, dans des locaux coûteux, emporte un vice : pour amortir les coûts fixes, les agences doivent impérativement multiplier les actes et sacrifier la qualité du service à la quantité. Anne Genetet fait donc évoluer son projet en le recentrant exclusivement sur la formation et le conseil, pour faciliter les relations entre les employeurs et leurs employées de maison.

En 2010, Elle crée The Help Agency, où elle développe des services à l’intention des employeurs et des employées de maison. Pour les employeurs, elle conçoit un dispositif -SOS Employeurs- qui permet d’aider ceux qui le souhaitent, à faire eux-mêmes l’ensemble des démarches administratives nécessaires au recrutement d’une employée de maison. Elle rédige un guide pratique de l’entretien de recrutement d’employées de maison, dans lequel elle propose des scénarii d’interview type, suggère certaines questions pour valider des aspects spécifiques, et offre la possibilité de fonder la décision de recrutement sur des critères aussi objectifs que possible à travers une grille de scoring. Elle met à disposition également des suggestions de planning pour organiser le travail des employées de maison, ainsi qu’une liste de progression de l’employée, avec 3 niveaux de compétences, pour favoriser le développement de l’intéressée et donner des critères pour une éventuelle progression salariale.

Pour les employées de maison, elle crée un second guide et développe une palette de formations. Le guide explique à l’employée de maison la culture de son employeur, ses attentes … Les formations couvrent la cuisine, la santé, l’hygiène et la sécurité. «Dans les cours de cuisine, par groupe de 2-3 personnes, il s’agit de pratiquer: les personnes font. Elles suivent une recette et préparent un repas complet. Ensuite elles partagent le repas réalisé et repartent avec un savoir-faire directement utilisable. Les ateliers hygiène et sécurité abordent l'hygiène de la maison, les bonnes pratiques pour éviter les transmissions de maladie, les bonnes positions pour soulever, porter et se baisser. Un autre atelier permet aussi d'adresser les questions de femmes".

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Anne Garrigue: « 40 portraits d’entrepreneurs français en Asie du Sud Est ».

40 Français qui entreprennent

Anne Garrigue, journaliste et écrivain vit depuis 20 ans en Asie. Elle a écrit plusieurs ouvrages sur le Japon et la Chine et a été pendant plusieurs années rédactrice en chef du magazine Connexions à Pékin. Elle publie aujourd’hui une série de 40 portraits d’entrepreneurs en Asean avec en fil rouge, cette question, qu’elle rappelle dans la préface de son livre: « qu’est-ce qui pousse à créer son entreprise et pourquoi franchir 10.000 km pour le faire?

-Comment est né ce projet ?

-Il est né d’une série d’entretiens publiés sur le site Aujourd’hui le Monde. J’ai eu envie de regrouper ces portraits d’entrepreneurs, qui prennent ainsi une nouvelle dimension: plus sociale, plus forte. J’ai souhaité le faire sous la forme d’un livre, parce que le papier, comme support, est complémentaire du numérique. Le livre permet de se poser, de réfléchir.

-Pourquoi ces portraits d’entrepreneurs ?

- Parce que je suis fascinée par l’esprit d’entreprise. Les entrepreneurs sont des héros des temps modernes. Ce sont des gens qui signent leur vie. Ils n’entreprennent pas par hasard. Ils font un choix adulte qui engage une responsabilité à cent pour cent. Ce sont des aventuriers au plein sens du terme, les héritiers des aventuriers du XIXème siècle. Il n’est d’ailleurs pas anodin que l’un de ces entrepreneurs, Eric Martin, fondateur de plusieurs entreprises dans le tourisme et l’alimentation au Vietnam (Exotissimo et Apple tree), quand il retrouve de vieilles photos des bateaux à aube, se passionne à ce point pour ces embarcations qu’il part à la recherche d’archives, rencontre les descendants de la famille qui exploitait ces bateaux au Vietnam, en fait finalement construire et affréter plusieurs exemplaires. Ce faisant, il boucle la boucle et fait le lien entre les deux familles d’aventuriers.

-Dans la préface de l’ouvrage, vous mettez en miroir création artistique et création d’entreprise

-En effet, j’ai acquis, au travers de mon métier, l’expérience de la création à partir de la page blanche, qu’elle soit de papier ou de toile. Je voulais voir ce que cela donnait dans le « vrai monde ». Je pense que l’esprit d’entreprise n’est pas assez encouragé en France. On porte au pinacle les artistes, les patrons de grandes entreprises, les grands Corps. On ne valorise pas assez les entrepreneurs. Pourtant, ce sont des gens qui sont habités par la flamme de la création, qui éprouvent une passion pour ce qu’ils font

-Quand vous parlez du « vrai monde », le terme « monde » est sans doute à prendre au premier degré.

-En effet. Pour les jeunes en particulier, le terrain de jeu, c’est désormais le monde. Les français de l’extérieur qui vivent loin de la France tout en restant profondément attachés à la France forment une importante diaspora. Ils ne réclament pas. Ils veulent donner. Je voulais leur rendre hommage et, tel un écrivain public, leur donner la possibilité de s’exprimer et de transmettre.

-Le livre est écrit en français et en anglais, est-ce un reflet de cette mondialisation ?

-Oui. Parce qu’on est en pleine mondialisation, et que l’on s’adresse au monde en anglais, c’était important, aussi, de faire un livre qui ouvre, plutôt qu’il enferme. Ce livre doit pouvoir être le départ d’échanges. Si il était écrit seulement en français, il serait porteur d’un message de fermeture. Parce qu’il est aussi écrit en anglais, les entrepreneurs peuvent le montrer à leurs partenaires, clients ou salariés. J’insiste d’ailleurs sur cette notion de double écriture. Il s’agissait de traduire ces portraits dans un anglais irréprochable. Ce travail a été réalisé par une véritable plume, ce qui fait de la version anglaise une vraie création.

-Pourquoi situer cette galerie de portraits en Asie du Sud Est ?

-Il s’agit de portraits psychologiques.Des portraits dans un environnement. Pourquoi crée-t-on en Asie du Sud Est? Pour les intéressés, ce n’est pas forcément un choix délibéré. Dans certain cas, c’est le fait du hasard. Dans d’autres cas, c’est l’expression d’un retour à ses origines, à une histoire familiale… Parfois c’est un choix en début de vie professionnelle. Dans d’autres cas c’est un choix à mi vie .De nombreux entrepreneurs sont arrivés dans la région parce qu’ils y ont été postés par leur entreprise. L’ASEAN est aussi une région en forte croissance, qui offre de vraies opportunités. C’est une région intéressante dans sa diversité. Elle est composée de pays émergents, mais aussi d’un centre, comme Singapour, très évolué. On y voit se développer une certaine classe moyenne, avec un bon niveau d’instruction. Mais la main d‘œuvre reste encore bon marché. Il y a des pays dans lesquels les règles de droit sont bien établies. D’autres où ce n’est pas le cas. Ce sont des pays dans lesquels les entrepreneurs sont confrontés à de vraies difficultés. Parfois à des risques physiques. Ils doivent savoir se montrer paternalistes, montrer aux gens du respect, et en même temps mettre en place les fondamentaux d’une organisation efficace.

-Quels sont les points communs de ces entrepreneurs ?

-Ces entrepreneurs ont des parcours très différents. C’est d’ailleurs ce qui m’a intéressé : ce monde des entrepreneurs, c’est aussi une représentation de la France que j’aime. Avec des gens très divers : des hommes et des femmes, des origines ethniques variées. C’est le génie français dans sa diversité.

Ce qu’ils ont en commun, ce sont ces traits de caractère qui ont permis de mettre en œuvre avec succès des projets variés, dans un environnement qui présentait de nombreuses difficultés. Ce ne sont pas des têtes brulées. Ce sont des gens responsables, qui aiment la réussite mais qui n’ont pas peur de parler de leurs échecs. La trajectoire de ces entrepreneurs est rarement rectiligne. Les revers font partie de l’expérience. Ce sont des personnes éprises de liberté, d’indépendance d’esprit, qui aiment l’aventure, la création, assumer leur responsabilité. Pour eux le plus souvent l’argent est plus une sanction de leur travail qu’un but en soi. Ils savent aussi transformer un rêve en réalité. Ils font preuve d’une forte énergie, de flexibilité de résistance au stress. Ils aiment innover….

-Y-a-t-il une spécificité de l’entrepreneur français ?

-Quand on est Français et que l’on est, sur son marché un outsider, avec de nombreux concurrents locaux, on doit apporter quelque chose qui fasse la différence. Les entrepreneurs Français sont engagés dans la bataille de l’excellence : faire bien ce que l’on fait ; le faire avec cohérence.

Lire et acheter le livre «Aux nouvelles frontières d’Asie, 40 Français qui entreprennent»: télécharger le livre à partir du site aujourdhui le Monde

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Emilie Lancelot-Jouno, créatrice du réseau Singafrog à Singapour

singafrog

Singapour attire chaque année, à coté des traditionnels expatriés, un flux croissant de jeunes entrepreneurs, étudiants et diplômés attirés par le dynamisme de l’Asie. Ces jeunes nomades ont leur(s) réseau(x), parmi lesquels Singafrog occupe une place privilégiée.Rencontre avec Emilie Lancelot-Jouno, la créatrice, de Singafrog qui décrit avec beaucoup de simplicité l’objectif du réseau: rompre l’isolement à l’arrivée, passer de bons moments ensemble et se faire des amis.

Emilie Lancelot-Jouno  fait partie de cette génération de jeunes francophones entre 25 et 35 ans qui ont élu domicile dans la cité du Lion. La présence à Singapour de grandes écoles telles que l’ESSEC ou l’INSEAD, les partenariats noués par de nombreux prestigieux établissements, HEC, Polytechnique, HEC Lausanne, avec les universités singapouriennes, attirent un flux important d’étudiants francophones. Il y a aussi ceux et celles qui viennent à Singapour faire un stage ou un VIE (Volontariat International Entreprise). Ils étaient 182 en 2011 selon les chiffres d’Ubifrance. Il y a enfin ces jeunes professionnels qui, leur diplôme en poche, ont choisi de démarrer leur carrière en Asie, comme salariés d’une entreprise sur place ou comme entrepreneurs. Emilie Lancelot-Jouno  connaît bien ces jeunes nomades, qu’elle côtoie au quotidien. Arrivée à Singapour en 2006, cette spécialiste du Fund Raising a d’abord travaillé pour l’INSEAD avant de mettre son expertise à la disposition de NUS.

A son arrivée à Singapour, elle s’est aperçue qu’il n’était pas si facile de rencontrer des gens et de se faire des amis. En dehors des réseaux des écoles, il n’existait pas de lieu d’échange et de networking pour les jeunes francophones. A coté de son activité professionnelle et de sa passion pour la photographie, elle a donc consacré du temps à la création de Singafrog : un réseau d’échanges francophones supporté par un site internet, qui vit aussi largement au travers de sa communauté Facebook.

Qui sont les membres du réseau?

-Des jeunes entre 20 et 35 ans,  étudiants ou jeunes professionnels, célibataires ou en couple, le plus souvent sans enfant. La plupart du temps, ce sont des français, parfois des francophones, rarement des singapouriens sauf lors de soirées exceptionnelles.

Combien sont-ils ?

-C’est difficile à dire, car le réseau est ouvert. La communauté Facebook compte 1000 membres. Au total, le nombre de personnes qui suivent les activités de Singafrog, utilisent le forum ou participent occasionnellement aux soirées est de l’ordre de 2000. La participation n’est pas du tout régulière. Beaucoup sont très actifs sur les forums au moment où ils arrivent. Les groupes se forment  et les amitiés se forgent rapidement. Les membres reviennent ou ne reviennent pas à d’autres soirées mais apparemment restent soudés. C’est l’essentiel. Il y a des personnes qui ne sont venues qu’une fois et qui me disent plus tard : « c’est grâce à Singafrog que j’ai rencontré tous mes amis à Singapour ».

Comment faites-vous pour faire vivre ce réseau ?

-Singafrog organise des soirées. J’essaye de trouver des lieux attractifs et de négocier des formules  permettant, pour un prix de 20 à 30$ , de proposer un buffet et un ou deux verres de vin :  par exemple chez Wine connection, Barrio Chino ou encore Wine Company.  Je passe aussi beaucoup de temps à répondre aux personnes sur les forums. C’est plus simple aujourd’hui avec Facebook, car l’information circule beaucoup plus rapidement.

Singafrog est-il un réseau utile sur le plan professionnel?

-Ce n’est pas à proprement parler l’objet du réseau. Les soirées Singafrog ne fonctionnent pas comme des événements de networking, comme il en existe beaucoup à Singapour, où les gens échangent des quantités impressionnantes de cartes de visite. Il arrive que certains le fassent, mais ils détonnent dans l’ambiance générale. Pour autant, les contacts sont utiles pour comprendre les bons usages locaux. Pour ceux et celles qui recherchent un emploi, les contacts permettent aussi d’ouvrir des portes.

La soirée Singafrog du 14 Juillet est un must.

- Elle l’a été en 2008 et 2009. A l’époque, Singafrog était un des seuls réseaux qui organisaient quelque chose pour fêter le 14 Juillet. Apparemment les gens contactaient l’Ambassade pour se renseigner et celle-ci renvoyait sur notre soirée. L’affluence a été très forte. L’année suivante, les soirées se sont au contraire multipliées et les participants ont finalement boudé l’ensemble des soirées. En 2011 Singafrog a donc décidé de ne rien faire. Mais les autres réseaux ont fait de même, et il n’y a eu que très peu d’événement pour le 14 Juillet. Il faut rester flexible.

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Emmanuelle Kerjan, psychologue : « Pour les enfants en difficulté l’expatriation peut aussi faire partie de la solution ».

Emmanuelle Kerjan est psychologue à Singapour. Elle a pratiqué la psychologie clinique pendant 7 ans à l’étranger, en Nouvelle-Calédonie et au Canada. Arrivée à Singapour il y a un an, elle exerce désormais au sein du cabinet qu’elle a créé, recevant enfants, adolescents et adultes. Elle nous parle des difficultés rencontrées par les enfants en expatriation. 

- L’expatriation  entraîne t’elle, pour les enfants, des difficultés spécifiques ?

- Ce qu’il faut dire en premier lieu, c’est que l’expatriation n’entraîne pas nécessairement de difficultés pour les enfants. La majorité d’entre eux traversera cette période sans éprouver de problèmes particuliers. D’autres seront plus sensibles à ce qu’induit le départ à l’étranger. Les séparations engendrées ainsi que la confrontation à la nouveauté peuvent générer chez eux une palette d’émotions : tristesse, colère, peur. D’autres, enfin, seront véritablement fragilisés par cette épreuve et pourront l’exprimer à travers différents symptômes. Quoi qu’il en soit, il n’y a ni symptômes ni pathologies spécifiques à l’expatriation. Le départ à l’étranger est à interpréter comme un élément déclencheur et fragilisateur plutôt que comme la cause du mal-être de l’enfant.

- Que se passe-t-il pour les enfants au moment d’un départ à l’étranger?

- Le départ à l’étranger confronte l’enfant à la question de la séparation et à celle de la projection dans l’inconnu. La manière dont l’enfant va vivre cette aventure va dépendre principalement de 3 facteurs : son stade de développement (selon qu’il s’agit de très petits enfants, de 0 à 3 ans, de jeunes enfants ou d’adolescents), sa personnalité/son histoire et son contexte familial.

Pour les enfants de 0 à 3 ans, le départ en expatriation se traduit principalement par des changements d’ordres « corporels » : nourriture, climat. Les enfants en bas-âge étant sensibles à la nouveauté, ils peuvent développer au moment de l’installation des difficultés de sommeil ou d’alimentation. Les enfants d’âge scolaire peuvent éprouver des difficultés à se séparer de leurs proches et de leurs environnements. A la tristesse peut s’ajouter la culpabilité de laisser ceux que l’on aime. Ils peuvent aussi être inquiets concernant cette plongée dans l’inconnu : nouvelle langue, nouvelle école, nouveaux codes. Cela peut se traduire par des difficultés à aller jouer avec d’autres enfants, par un repli ou par des comportements agressifs… Ils ont besoin d’attention et d’explications.

La personnalité de l’enfant va aussi fortement influencer son vécu. Certains ont un grand besoin de repères et de routines alors que d’autres sont très curieux et aiment le changement. L’historique de l’enfant concernant la question de la séparation est, bien évidemment, aussi central.

Enfin, la manière dont les parents vont vivre l’expatriation est aussi à prendre en considération. Les parents ont tendance à vouloir cacher leurs ambivalences ou leurs difficultés aux enfants. Or ces derniers étant très sensibles aux changements d’humeurs de leurs parents vont se demander, non sans inquiétude, pourquoi on leur cache quelque chose. D’où l’importance d’être vrai, authentique sans pour autant s’épancher.

- Et les adolescents ?

- C’est pour eux que le départ en expatriation est souvent le plus dur. Au moment de l’adolescence, les amis sont très importants sur le plan identitaire. Le fait de quitter son réseau est douloureux. Par ailleurs, l’adolescent est souvent, compte tenu du contexte d’installation dans un pays nouveau, obligé de redevenir plus dépendant des parents, à un moment où il souhaite au contraire davantage d’autonomie. Cette situation peut être vécue par les intéressés comme une régression. Il est important de dédramatiser et de leur rappeler que cela est temporaire.

- Pour les enfants en difficulté, l’expatriation est-elle une contrainte supplémentaire ?

- Elle peut l’être, oui. Par exemple, pour les enfants qui sont fragilisés dans leur relation aux autres, lorsque l’attachement de base est marqué d’insécurité, l’expatriation peut être une véritable épreuve. Il faut entourer l’enfant et lui laisser le temps de s’adapter. Si les symptômes persistent dans le temps (au-delà de 2-3 mois) ou que l’enfant est trop anxieux, il est important de consulter un spécialiste. Mais comme toute épreuve, elle peut aussi donner confiance en soi si elle est dépassée avec succès. Ainsi l’expatriation peut faire partie de la solution : elle donne aux enfants l’occasion d’apprendre à se débrouiller et renforce ce faisant l’estime de soi.

- Y a t-il des difficultés spécifiques aux enfants qui connaissent des expatriations à répétition ?

- Ces expatriations à répétition présentent beaucoup d’aspects positifs. Elles participent à la construction de la personnalité et font des intéressés des personnes souvent curieuses, tolérantes et capables de s’adapter. Toutefois et même si ces enfants sont souvent plus « outillés » face à l’expérience de l’expatriation (ils savent, par exemple, mieux comment s’y prendre pour s’installer rapidement et efficacement dans un nouveau pays), il n’en reste pas moins qu’ils sont confrontés à chaque fois à la douloureuse épreuve de la séparation. A force ils peuvent se forger une « carapace ». Une autre conséquence des mobilités successives est que, devenus jeunes adultes, les intéressés n’ont souvent pas d’ami d’enfance. Ils ont noué beaucoup de liens, mais ces liens se sont dispersés. Cela rend les choses plus difficiles dans les moments de crise. Enfin, il y a aussi une forte dépendance à la famille.

- L’expatriation peut-elle impliquer, par exemple sur le plan scolaire, un environnement qui n’est pas adapté à l’enfant.

- En effet, dans certains cas, l’expatriation se traduit par un environnement relativement élitiste et une raréfaction des offres d’orientation, notamment au lycée. Cela peut mettre certains élèves en difficultés. A l’inverse, il y a des situations d’expatriation qui offrent des opportunités spécifiques en termes de modes d’enseignement. Il arrive même que le choix de la destination soit guidé d’abord par le souci de trouver un système scolaire mieux adapté aux besoins de l’enfant.

- Quels conseils donneriez-vous aux parents ?

- Avant l’expatriation : annoncer le départ à l’enfant assez tôt pour qu’il puisse s’y préparer, symboliser le départ en organisant une fête avec les copains et la famille, donner envie à l’enfant en l’informant sur le pays d’expatriation. Il est aussi important de l’aider à exprimer son ressenti, ses émotions et à les entendre même si cela n’est pas toujours facile pour nous. Ne pas oublier de le rassurer en lui expliquant que toutes les émotions qu’il vit sont bien normales et passagères. Un dernier point est de lui donner les moyens d’être actif. A ce titre, il est important que l’enfant ou l’adolescent ait, comme les autres membres de la famille, son propre projet d’expatriation.

Pendant  le séjour sur place : Dès l’arrivée il est judicieux de mettre vite en place des routines (repas, école,…), des repères et de favoriser la création de contacts avec d’autres familles. Une solution est d’investir le champ extra scolaire. L’enfant peut par exemple commencer un sport qu’il ne pourrait pas faire chez lui ;c’est une manière de lui donner envie et de donner du sens à ce qu’il vit.

Je conseille par ailleurs la lecture du livre « L’enfant expatrié » de Gaëlle Goutain et Adélaïde Russell pour ceux qui veulent en savoir d’avantage.

- En tant que psychologue, dans quel contexte intervenez-vous ?

- Les personnes qui viennent me voir, qu’ils s’agissent d’enfants, d’adolescents ou d’adultes, le font dans une variété de situations qui vont du simple besoin d’un « coup de pouce » dans une période de crise ou de questionnements jusqu’à des demandes d’accompagnement et de thérapies plus intensives dans le cas de difficultés plus sévères.

- La famille est-elle impliquée dans le suivi ?

- Cela dépend de l’âge de l’enfant, de la raison de la demande et de qui la formule. Je vois toujours les enfants et peux rencontrer à plusieurs reprises les parents afin de faciliter la communication entre les membres de la famille. Il arrive aussi qu’une demande de suivi pour un enfant débouche sur une thérapie individuelle pour l’un des parents.

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Rémi, créateur de French Toast à Singapour

Rémi Malachin est le créateur de French Toast, une jeune entreprise, basée à Singapour, spécialisée dans l’enseignement du français. Arrivé à Singapour en 2008 pour rejoindre un cabinet d’architectes, il s’est depuis reconverti avec succès dans un nouveau métier.Portrait d’un entrepreneur débordant d’idées, engagé à promouvoir le français et à faire de son apprentissage un plaisir.

Rien ne prédisposait Rémi Malachin à créer une Ecole de langues. Quand il est arrivé à Singapour, en Janvier 2008, c’était pour y travailler dans un cabinet d’architectes, suite logique de ses études à Nancy. Mais à Singapour, son parcours s’est rapidement transformé : il a rencontré sa femme, a fondé une famille et s’est finalement éloigné, faute de perspectives satisfaisantes, de son métier d’origine. Un temps, il a envisagé de créer son propre cabinet d’architecture, mais ce projet paraissait difficilement compatible avec la vie de famille. En marge de missions dans le design, il a donc commencé à donner des cours particuliers de français. Très vite, il y a pris goût ; et son emploi du temps de professeur s’est rempli. En 2010, il a sauté le pas en créant French Toast, un centre de formation exclusivement consacré à l’enseignement du français.

Apprendre le français doit être fun

Pour Rémi, il est essentiel que l’apprentissage du français soit un plaisir: « 90% des gens qui viennent apprendre le Français le font pour eux-mêmes, par intérêt pour la culture française, pour préparer un séjour ou aller étudier en France, ou simplement parce qu’ils ont des amis francophones ou bien encore parce qu’ils sont tombés amoureux d’un français ou d’une française ». Le nom de French Toast et son logo, un toast bleu blanc rouge, sont à l’image de l’environnement que Rémi Malachin veut créer : « un environnement confortable et convivial qui soit aussi un lieu d’échange et une fenêtre ouverte sur la vie en France ; des méthodes interactives qui donnent envie d’apprendre et de pratiquer. »

Les étudiants, visiblement, apprécient. Leur nombre ne cesse d’augmenter. A son ouverture, en Janvier 2011, l’école comptait une classe avec 11 étudiants. En Août 2011, le nombre des classes est passé à 15, avec plus de 200 étudiants de 25 nationalités. Les locaux sont d’ailleurs rapidement devenus trop étroits et French Toast a récemment emménagé dans un nouvel espace.

Quel rapport entre l’architecture et l’enseignement du français ?

Aussi curieux que cela paraisse, les études d’architecte auraient bien préparé Rémi à sauter d’un univers de création à un autre, en devenant entrepreneur : « si l’on exclut les enseignements spécifiques à l’architecture, la formation que j’ai reçue était axée sur la gestion de projet et sur les multiples manières de changer de perspectives pour résoudre une difficulté; un must lorsqu’on dessine des plans. Ces compétences se sont révélées très précieuses dans la création et la gestion d’une entreprise ».« La création d’une école, c’est d’abord beaucoup de travail ; j’ai du tout faire moi même de A à Z, de la sélection des méthodes à la conception d’un outil de gestion intégré, en passant par le recrutement des formateurs et la décoration intérieure ».

Demain l’Asie

Rémi fourmille de projets. Il travaille actuellement à la mise en place d’une carte de fidélité, avec des partenaires choisis, qui offrira aux étudiants des produits et services, qui leur donneront une autre idée de la France, dans des conditions privilégiées. Il explore de nouveaux modes de communication, par exemple en utilisant Groupon pour faire des promotions. Pour l’avenir, il envisage de créer d’autres écoles à Singapour, mais uniquement dans le domaine du français, voire de développer French Toast, en franchise, dans d’autres pays de la région.

 

► Site de FrenchToast:

 

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