EDUCATION - Le grand dessein de la Strate School of Design à Singapour

Championne de la French Touch dans le domaine du design, Strate School of Design, l’une des meilleures écoles au monde, s’installe à Singapour en y implantant un campus en partenariat avec SIM Global Education. L’occasion de revenir avec Jacques Malz, Directeur de l’Ecole à Singapour, sur les raisons du succès du design comme parcours de formation et comme outil de transformation de la société, ainsi que sur les enjeux particuliers qui lui sont attachés à Singapour dans le cadre du concept de Smart city. 
 
Qu’est-ce que le concept de design recouvre concrètement ?

Jacques Malz - Le design pâtit souvent d’un problème de représentation sémantique dans la mesure où il est spontanément associé au design intérieur ou à l’idée de beauté de l’objet. Le design va au-delà de cela. Il est un état d’esprit et une méthode de résolution de problèmes. Tous les problèmes, qu’ils soient grands ou petits, de nature privée ou publique, professionnels ou personnels.  Le design est une méthodologie iconoclaste et une pratique. Il procède en commençant par questionner et déconstruire la réalité pour donner libre cours à la créativité, avec comme objectif ultime, la recherche de solutions concrètes. Les designers sont des personnes ayant une forte ouverture sur le monde qui veulent apporter une contribution, en donnant des clés de lecture simples pour lire et vivre des réalités de plus en plus complexes.

En quoi le design est-il au cœur des transformations de la société?

- Le monde change. Le design est une des clés, sinon la clé pour anticiper une vie meilleure au service des citoyens. Je cite ici le Premier ministre Lee Hsien Loong lors du lancement du programme Smart Nation : ‘Construire une Nation, non pas sur le nombre de citoyens, mais par une culture et un état d’esprit basés sur l’expérience. (..) par une approche disruptive (..) en poussant en permanence les limites du possible’. Difficile de trouver une meilleure illustration du rôle-pivot du Design dans la transformation des sociétés.

A titre d’exemples, dans le secteur des transports ou dans celui de l’énergie, pour ne citer que ces deux domaines, nous sommes en train de vivre une formidable dynamique de changement qui aura un impact déterminant dans notre vie de citadin. Le métier des constructeurs automobiles se transforme. De fabricants de véhicules, ils doivent évoluer vers le statut de concepteurs de mobilité, notamment en prenant en compte tout ce qui touche à l’intermodalité. Sur le plan énergétique, Il y a un mouvement de fond des producteurs et fournisseurs d’énergies traditionnelles vers les énergies renouvelables et des systèmes de distribution énergétique intelligents. .
Ces entreprises ont bien compris que la réussite de leur stratégie de transformation passe par l’intégration du Design, de la conception à la réalisation.
Strate School of Design a annoncé qu’elle allait s’installer à Singapour.  Quelle forme va prendre cette installation ?
- Le projet d’installation de Strate à Singapour est à la fois la première extension internationale de l'école et le premier exemple de croissance organique au sein du groupe Galileo Global Education, qui opère en France sous le nom de Studialis. Concrètement, il s’agit d’ouvrir un campus à Singapour dans les locaux du Singapore Institute of Management (UniSIM).  Le projet comprend deux axes : un axe de formation initiale avec l’organisation d’un programme de Master en Design au sein de SIM Global Education (démarrage fin 2017), et un axe de formation permanente (Executive Education) dans le domaine du design thinking et de l’innovation.

La French Touch est-elle une référence dans le domaine du design ?

- Strate revendique la French Touch dans le domaine du design. Il y a une singularité française dans ce domaine qui est liée au mix de l’excellence de l’ingénierie, de la culture et de l’esthétique à la française, à la confrontation d’idées, et à la France comme pays des droits de l’homme.

Pourquoi Singapour ?

- Parce que, en plus d’être un living lab, il y a une volonté politique et les ressources économiques associées. En clair, il s'agit une expérience grandeur nature des projets de l’homme dans la ville. Et dans des conditions d’efficacité que, nous, résidents à Singapour, connaissons bien.
Le design constitue par ailleurs la pierre angulaire du projet gouvernemental de smart nation. Cette dynamique est activement soutenue par le gouvernement qui, en partenariat notamment avec des entreprises françaises, développe des solutions permettant d’exploiter les Big Data et des systèmes de données complexes. L’un des exemples récents est le partenariat avec Dassault Systèmes, qui a entièrement modélisé en 3D un quartier de Singapour, créant ainsi un formidable outil d’aide à la décision dans les domaines de la planification urbaine, du développement des infrastructures ou la conception de systèmes de transports multimodaux. Avec cet outil, Il est désormais possible de simuler en 3D l’impact, à l’échelle par exemple d’un immeuble, de solutions de type solaire ou  végétalisation, en croisant les variables avec des données sociologiques, topographiques ou météorologiques. Mais la vision de la Cité, et les processus de décisions passent par le projet collaboratif avec les designers. De A à Z.
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Singapour a la réputation de se donner rapidement les moyens de ses ambitions. Comment procède-t-elle dans le domaine du design, particulièrement sur le plan éducatif ?

- A l’origine, il y a eu, au début des années 2000, une réflexion stratégique du gouvernement avec pour objectif de mettre l’innovation et le Design au cœur du développement de la Nation.  De fait, il y a eu la création du National Design Centre, celle de programmes dédiés dans les établissements d’enseignement supérieur et même la création d’une université spécialisée orientée vers le design industriel, la SUTD - Singapore University of Technology and Design-, fondée en partenariat avec le prestigieux MIT. Dans l’ensemble, les formations proposées sont essentiellement de niveau BTS (dans les Polytechnics) ou Bachelor.

Le 31 août dernier, Strate a signé un partenariat avec Social Innovation Park (SIP) dans le domaine de l’innovation sociale. De quoi s’agit-il ?

- Il s’agit d’être au cœur de l’innovation sociale par la méthodologie du design. C’est un partenariat très dynamique qui se traduit effectivement par des actions et des projets. SIP aide Strate à constituer des « Focus groups » dans le cadre de projets pour nos entreprises partenaires. Parallèlement, Strate forme les cadres et les partenaires de SIP à sa méthodologie du Design Thinking. A titre d’exemple il y aura prochainement une expérience permettant aux voyants de faire, en grandeur réelle, l’expérience des non-voyants dans un parcours mixte piéton-transports en commun. Y participera le Ministre du Transport et de l’Education.

Vous venez de rejoindre Strate comme directeur du campus de Singapour. Qu’est-ce qui vous a séduit dans cette aventure ?

- A titre personnel je suis extrêmement attaché à ce projet d’implantation de Strate à Singapour, car j’ai toujours eu la conviction que le projet de société harmonieuse passe par le projet éducatif. A cet égard, le design constitue une forme de synthèse heureuse entre mon expérience professionnelle acquise pendant 20 ans dans le monde industriel et mon aspiration à participer à un projet de société. Le design fait appel aux sciences humaines, au management et à la technique. Il permet de projeter un avenir meilleur sur tous les compartiments de la vie. Cette nouvelle responsabilité me transcende. Elle est la synthèse de mon éducation, de ma culture et de mon expérience. Je peux l’utiliser dans tous ses aspects, sans restriction ni censure.
Propos recueillis par Bertrand Fouquoire (www.lepetitjournal.com/singapour) mardi 15 novembre 2016
 
Encadré : Strate School of Design - « Rendre le monde plus simple, plus juste, plus beau. »

Créée en 1993, Strate était au départ une école de design industriel. Elle a rapidement évolué pour prendre en compte le design comme une méthode  stratégique de l’innovation et de la transformation.
L’école compte plusieurs programmes de formations : un master en 5 ans de Designer, plusieurs masters, dont deux enseignés en anglais, ou un Bachelor modelage 3D, une compétence très demandée, particulièrement dans le secteur de l’automobile et du luxe.
Strate possède à ce jour 38 programmes d’échanges internationaux avec les meilleurs Universités ou écoles de Design. Strate possède également une offre de Masters en Recherche ou de Spécialisation, avec des partenaires comme Arts et Métiers ParisTech, Telecom ParisTech, l’Institut d’Optique (ex SupOptique) ou Paris Diderot.
L’école fait partie du top 60 mondial des écoles de design dans le classement de Business Week. Elle est l’une des 5 meilleures du monde dans le segment particulier des transports et de la mobilité.
Elle fait partie du Groupe Galileo Global Education, spécialisé dans l’enseignement supérieur, dont la marque en France, Studialis, regroupe des écoles telles que la Paris School of Business (management), Penninghen (Arts Design graphiques) ou le Cours Florent (théâtre).

Quel parcours l’école offre-t-elle aux étudiants ?

Jacques Malz - Il s’agit d’un campus plus que d’une école. Elle dispose bien sûr d’un Computer Lab (graphisme, 3D, RA/RV,…) mais aussi d’un Fab Lab où les étudiants viennent travailler les différentes matières en utilisant imprimantes 3D, machines de découpe laser et ou outils à commande numérique (CNC). Le projet de l’école est de placer les étudiants en interaction permanente entre cours et pratique. Une très forte proportion des professeurs est constituée de professionnels reconnus. Dans le cadre de leur cursus, les étudiants multiplient les occasions d’être exposés aux contraintes et enjeux véritables des entreprises. C’est une formation au design en action. Pour illustration, Par exemple les étudiants sont appelés à réaliser en petits groupes des missions jusqu’à 5 mois, à partir de « briefs » d’entreprises ; le cahier des charges leur demandant de restituer à l’entreprise concernée 5 ou 6 solutions abouties.
Strate travaille aussi avec des incubateurs de start-up tels que Schoolab, en France, au travers du programme CPI (Centrale-Supelec, Strate et ESSEC), qui permet à des équipes mixtes de travailler pendant 6 mois sur des projets opérationnels et projectifs. A l’issue de nos formations, beaucoup d’étudiants se lancent en créant leur start-up.

Pourquoi se former au design aujourd’hui ?
- C’est une filière en pleine expansion, au sortir de laquelle les jeunes diplômés n’ont aucun souci d’insertion professionnelle. De plus en plus, les dirigeants ont compris que le design était est la clé de la réussite aussi bien sur le plan stratégique qu’opérationnel. La formation des designers est conçue comme la formation des leaders et dirigeants des entreprises et institutions de demain.

Qu’est-ce qu’on y apprend ?

- Au sein de l’école de design, les étudiants apprennent à imaginer un futur vivable et heureux en intégrant les dimensions de l’innovation et du changement. Il s’agit de les préparer à concevoir et appréhender les transformations qui se déroulent sous nos yeux. Dans le cadre de leur cursus Master en 5 ans, les étudiants doivent, à partir de la 3eme année, choisir un enseignement de spécialité (majeure) parmi les suivantes : Produit, Mobilité, Interaction, Espaces, Identité (Branding), Immersion (Réalité Virtuelle, Réalité augmentée. ).
Le cursus comprend, pour au moins 1/3 du syllabus, des enseignements dans des domaines tels que les sciences humaines, la sociologie, l’ethnologie, la sémiologie, le management et la culture générale. Un accent très fort est aussi mis sur la communication, car il n’y a pas de bon projet sans un bon pitch. Il s’agit d’associer la technique à une approche philosophique de l’univers. C’est la formation de l’honnête homme moderne, mais en moins naïf, parce que les étudiants sont en prise continue avec le monde industriel et qu’il s’agit de délivrer.
Mais concevoir et délivrer des solutions d’avenir, sans observer le monde actuel, a peu de sens. Par exemple, un groupe de 16 de nos étudiants, parrainé par un groupe de luxe français, est ainsi parti, sans brief ultra précis, pour un voyage de 3 mois en Inde au terme duquel il s’agit d’identifier des pistes d’innovation frugale.

Comment intègre-t-on l'école?

L’école forme des jeunes, pour l’essentiel recrutés après le bac. La nouvelle promotion 2016 accueille 120 étudiants. Bien sûr, les passerelles académiques (admissions parallèles) existent pour les titulaires de certains diplômes (Mastère 1, etc.). L’école est ouverte à tous les parcours. Les étudiants doivent démontrer une capacité à s’intéresser aux enjeux du monde. Dans les faits, ce qui compte avant tout,  c’est la personnalité de l’élève.

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