Expatriés: attention au burnout !

Si l'aventure à l'étranger présente le plus souvent des aspects extrêmement stimulants, elle est aussi, selon les cas, synonyme d'intense charge de travail, de voyages à répétition, mais encore de perte de repères et d'anxiété. L'éloignement de ses bases, la confrontation à un environnement étranger, le besoin de faire ses preuves dans le nouvel emploi ou de reprendre une activité professionnelle sur place, tout en installant la famille, sont autant d'éléments amplificateurs. A cet égard, l'expatrié et le conjoint sont soumis, dans leurs environnements respectifs, à une semblable pression et à un même risque: le burnout.

Dans un article de Martine Laronche "Quand les cadres se consument au travail", le Monde rapportait l'expérience de Christine, victime d'un burnout alors qu'elle était Directrice de l'antenne d'une Business School anglaise en Asie. A la tête d'un projet où tout était à faire et où elle ne pouvait compter que sur ses propres ressources, elle multipliait les casquettes et les responsabilités: la construction du nouveau batiment, la mise en place des équipes et de l'organisation administrative, le suivi des étudiants. Une activité multitâches qui la menait le plus souvent jusque tard dans la nuit et empiétait généreusement sur ses week ends. Au bout de 2 ans, elle a fait un malaise. On lui a conseillé de changé de rythme, mais elle n'a pas ralenti. Quand on lui a confié une nouvelle mission, en plus de la précédente, elle a fini par s'effondrer: «Je ne dormais plus, pleurais tout le temps, pour rien, j'étais incapable de penser. Je n'avais qu'une envie : me mettre dans un coin. J'étais comme morte. Je ne comprenais pas ce qui m'arrivait. Je n'avais rien vu venir.»

Les expatriés au travail ne sont pas les seuls à souffrir du burnout. Les personnes en recherche d'emploi, notamment celles qui sont arrivées dans le pays dans la position du conjoint, se mettent elles-même parfois dans des positions intenables, s'imposant un rythme frénétique pour gérer l'installation et la reprise d'une activité sur place; gardant l'oeil sur les autres mais s'oubliant soi. Certains se lancent ainsi dans une recherche d'emploi dès l'arrivée, alors que le logement n'est pas encore trouvé et que les cartons ne sont pas déballés. Il faut encore gérer les enfants, régler les problèmes administratifs, repérer les éléments de la vie courante; le CV est déjà prêt, déjà diffusé urbi et orbi. Les intéressés multiplient les contacts, épuisent les sites emplois, envoient leur dossier de candidatures par centaine. Les semaines passent, les réponses restent rares. Les personnes ont l'impression d'avoir tout donner et sont soudain confrontées à une angoisse: "et si je ne retrouvais pas d'emploi?". Perte de repères, recherche de sens, sentiment de ne plus maîtriser les évènements et les choses, fatique physique et choc culturel, tous les ingrédients d'un burnout imminent sont présents.

Les psychologues Herbert Freudenberg et Gaelle North ont établi que le burnout pouvait passer, dans un ordre variable, par les 12 phases suivantes:

  • Besoin de faire ses preuves
  • Travailler plus
  • Négliger ses propres besoins
  • Déplacement des conflits
  • Remise en cause de ses valeurs: les amis et les activités favorites sont négligés
  • Dénégation des problèmes qui émergent, avec des signes apparents de cynisme et d'agressivité
  • Retrait: repli sur soi, avec un potentiel recours à l'alcool et aux drogues.
  • Changements de comportement qui deviennent évidents pour les autres.
  • Dépersonnalisation: la vie devient une série de gestes mécaniques
  • Vide intérieur
  • Dépression
  • Burnout

 

Pour éviter le burnout, il est important de prendre conscience de ses limites, s'autoriser à ralentir, faire attention à sa forme physique et se donner du plaisir. En situation de recherche d'emploi par exemple, il peut être judicieux de s'attacher à faire moins pour faire mieux.

Prendre le temps de construire un vrai projet, en phase avec ses attentes et avec le contexte du pays, constitue une étape essentielle. Elle fixe le cap et ouvre des marges de manoeuvre: comme en situation de négociation, la résilience face à l'adversité est largement liée à la variété de ses options.(voir dans la section abonnée le tutoriel pour vous aider à revisiter votre projet professionnel)

Ralentir. Les chercheurs d'emploi, sous la pression des recruteurs et de conseilleurs divers, sont traditionnellement invités à considérer la recherche d'emploi comme une "activité à temps complet". Rien de plus vrai et de plus faux à la fois. Il est important en effet de se donner un cadre pour être efficace et actif dans ses démarches. Mais ce cadre doit plus que jamais être établi pour aménager aussi des plages pour soi, pour la découverte du pays... (Plus de conseils pratiques dans le guide de l'emploi à l'étranger)

S'ouvrir. En situation d'emploi, en fonction des zones de frottement et de tensions, il est important de prendre conscience de soi et de se donner les moyens de comprendre les autres. Mieux gérer les priorités, aller à la rencontre de ses collègues, s'intéresser à l'environnement du pays, trouver des alliés et mentors sur place et au siège sont autant de pistes pour relacher la pression et envisager la situation avec une perspective positive.(Plus de conseils pratiques dans le tutoriel consacré à l'interculturel)

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